Soigner la névrose avec les mains
La psychologie biodynamique est l'une des psychologies corporelles, au même titre, par exemple, que la Gestalt. Elle considère que l'esprit (la psyché) et le corps (le soma) forment un tout indissociable : ainsi, ce qui est présent dans la psyché s'inscrit dans le corps et ce qui est visible dans le corps est aussi de nature psychique. Notre bon sens nous en dit autant : ne reconnaît-on pas au premier coup d'œil une personne malade, déprimée ou, au contraire, pleine de vie et de joie ? Voilà pourquoi la psychologie biodynamique s'adresse autant au corps qu'au mental, et à l'esprit : nous avons tous aussi une dimension spirituelle. C'est en se formant simultanément à la psychologie clinique et à la physiothérapie, c'est-à-dire au massage, que Gerda Boyesen, la fondatrice de la psychologie biodynamique, a découvert que l'on pouvait « soigner la névrose avec les mains » (Entre psyché et soma, Gerda Boyesen, Petite Bibliothèque Payot). Elle obtenait en effet des guérisons psychiques indéniables (et contrôlées, d'ailleurs, par un psychiatre), en ne faisant « que » masser ses patients.
La régulation émotionnelle
Au fil de ses nombreuses années de pratique, Gerda Boyesen a réalisé plusieurs découvertes, qui l'ont amenées à élaborer peu à peu une théorie et une pratique psychocorporelles complètes, qu'elle a enseignées au sein de son école, à Londres, jusqu'à sa disparition en 2005. Les formateurs de l'actuelle École de psychologie biodynamique française ont tous été formés par elle, ainsi que ceux qui exercent au sein des autres écoles, situées en Angleterre, en Allemagne, au Brésil, au Danemark, en Grèce, en Israël, au Japon, aux Pays-Bas, en Suisse, etc. Elle s'est ainsi aperçue que le corps employait plusieurs moyens pour réguler ses états émotionnels. Nous connaissons tous les plus évidents : quand ça va mal, on a besoin d'en parler, et, parfois, on pleure. Ainsi, la parole et les larmes sont-elles des canaux de régulation oraux. Lorsque l'on est vraiment bougés en profondeur, il peut aussi arriver que nos intestins déclenchent une diarrhée. C'est encore un canal de régulation, équivalent en quelque sorte aux sanglots : la diarrhée, ce sont les intestins qui hurlent leur douleur.
Digérer doucement les émotions
Mais il existe aussi un canal intestinal doux, qui digère les émotions sans bouleverser l'organisme. C'est le psychopéristaltisme, des mouvements spontanés de l'intestin qui font des bruits. Ces bruits ressemblent à ceux du ventre quand on digère, puisqu'ils sont provoqués par le même mécanisme. En les écoutant avec un stéthoscope pendant le massage, on dialogue avec le corps. Il existe tout un langage psychopéristaltique, avec des sons très doux, comme de l'eau qui coule sur des rochers, et d'autres beaucoup plus forts, comme des grondements, voire des hurlements, et tout un tas de bruits intermédiaires, comme de la terre qui tombe, ou des portes qui grincent. Tous disent quelque chose de la façon dont le corps digère ce qu'il se passe, et de ce qui émerge à la conscience. Par exemple, un souvenir d'enfance agréable revient à la mémoire du patient pendant le massage, en même temps que le ventre produit un son léger et cristallin. Le stéthoscope utilisé par le thérapeute permet ainsi de comprendre ce qui se passe pendant le processus d'élimination corporelle des émotions, et d'adapter le massage à la situation afin d'aboutir à un relâchement plus complet.
Un cycle neurovégétatif
La digestion des émotions est indispensable à la régulation de l'organisme. Lorsqu'elle ne se fait pas, les émotions non digérées s'accumulent dans le corps sous la forme de petites poches remplies de fluide stagnant. Car la joie, la tristesse, le sentiment amoureux, toutes les émotions sont des déplacements de fluide à l'intérieur du corps. Elles naissent, se déploient, s'atténuent, disparaissent et sont intégrées suivant un cycle neurovégétatif. Chacune de ces étapes se déroule dans le corps, en particulier au niveau musculaire. Lorsque le cycle est complet, les muscles sont entièrement relâchés. Mais bien souvent le cycle ne se complète pas intégralement. Par exemple, on vit une contrariété au bureau, à laquelle on ne peut pas répondre. La contrariété reste et on termine la journée avec une tension supplémentaire dans la nuque, dans la poitrine ou dans les mollets. Si l'on intervient en massant la nuque de la personne pendant qu'elle se remémore ce qui l'a contrariée, et ce que cela rejoint de son histoire passée, qu'elle peut l'exprimer à la hauteur de ce qu'elle ressent, on va relâcher le muscle et alléger ou faire complètement disparaître la contrariété, tout en gagnant en compréhension de ce qui la fait réagir, et parfois surréagir, dans sa vie.
La cuirasse musculaire
Au fil du temps, ces tensions successives rigidifient l'organisme, qui constitue une véritable cuirasse musculaire. N'est-ce pas que l'on s'est tous créés une protection intérieure pour éviter de ressentir nos souffrances ? Ce mécanisme est sain, car il permet au tout petit enfant de grandir en sécurité, malgré les inévitables agressions qu'il subit. Mais, à force, l'organisme n'exerce plus que ce mode de protection, il se rigidifie de plus en plus, et il entrave la vitalité. Car la vitalité, la vie, c'est un courant d'énergie qui circule en liberté au sein de notre corps, un élan qui procure une souplesse, une élasticité à tout le corps. Simultanément, notre personnalité « primaire » est de moins en moins accessible, masquée par notre personnalité « secondaire », laquelle est révélée par notre caractère, constitué de nos réponses automatiques aux situations de stress. La personnalité secondaire s'affiche dans notre posture corporelle, qui est le fruit des modifications intervenues dans nos muscles et nos tissus.
Des retrouvailles avec soi
Le thérapeute biodynamique cherche à assouplir la cuirasse, relâcher les tensions résiduelles, refaire circuler le courant énergétique vital en lui donnant toute la place nécessaire dans le corps, et laisser ainsi s'exprimer le noyau sain de la personne. Quand la personne se sent autorisée à exprimer qui elle est en profondeur, et que cette expression est accueillie avec bienveillance dans un espace de sécurité totale, elle relâche les défenses qui l'enferment, et elle gagne en autonomie et en liberté dans sa vie. Alors, vient la transformation, c’est-à-dire nos retrouvailles avec nous-mêmes. Une transformation intérieure, mais visible de l'extérieur, car elle aussi s'inscrit dans le corps. Et toute notre vie change. « Il existe une qualité d'être qui, lorsqu'on arrive à l'atteindre, déclenche de profonds courants de guérison. La psychologie biodynamique cherche à développer cette présence inconditionnelle à soi-même et à l'autre. (...) Le thérapeute est là pour aider la personne à "accoucher" de son être profond. (...) Percevant cette attitude sans jugement, le corps du patient peut relâcher l'état d'alerte et de stress, et celui-ci se sent en confiance pour partager ses difficultés (...) » (La psychologie biodynamique : une thérapie qui donne la parole au corps, Le Courrier du livre, François Lewin et Miriam Gablier).
Les méthodes corporelles
Pour s'approcher autant que possible de cet état de familiarité avec nous-même, la psychologie biodynamique a mis au point plusieurs méthodes corporelles, qui sont employées par le thérapeute en fonction du moment. Ainsi existe-t-il de très nombreux massages, destinés à sécuriser la personne, l'autoriser à se relâcher, l'aider à reprendre contact avec ses ressentis corporels, ou bien la dynamiser, voire l'amener à laisser parler une saine agressivité. (Certains massages sont décrits dans Le Bonheur est dans le corps : manuel pratique de psychologie positive, Miriam Gablier et Olivier Chambon, Éditions Dervy). Autre méthode, la végétothérapie biodynamique permet à la personne de donner tout l'espace nécessaire à l'expression de son émotion, en la reliant à son histoire, puis d'amener une réparation. On crée ainsi une empreinte positive, qui vient calmer l'organisme et, au fil des répétitions de plusieurs expériences réparatrices, provoque la cicatrisation de la mémoire traumatique. Les rêves éveillés dirigés permettent quant à eux d'explorer ensemble l'inconscient de la personne pour y rencontrer les courants guérissants et les aider à prendre toute l'ampleur nécessaire.
Savoir ce qui est bon pour soi
Car ce qui caractérise la psychologie biodynamique, c'est son orientation déterminée en direction du positif, du sain, de la guérison, bref de ce qu'il y a de meilleur en nous et pour nous. Il ne s'agit pas de disséquer pendant des heures nos souffrances passées en les attribuant à tel ou tel fantasme, mais bien au contraire d'orienter tout l'organisme vers ce qui est bon pour lui ici et maintenant. Au fil du temps, la personne se constitue une réserve de ressources dans laquelle puiser au moment d'affronter d'autres situations difficiles. C'est ce chemin vers l'autorégulation psychique et corporelle que je vous propose d'explorer en ma compagnie.